Bassin d’Arcachon : de la dune aux parcs à huîtres, un territoire façonné par les marées



Il y a bien sûr la dune du Pilat. Immense, spectaculaire, presque incontournable.
Au premier plan les ganivelles, clôtures de lattes de bois verticales reliées par du fil de fer, qui protègent la végétation et contribuent à fixer le sable.
Mais réduire le Bassin d’Arcachon à cette montagne de sable serait passer à côté de ce qui fait réellement son caractère.
Il faut regarder l’eau se retirer, découvrir les parcs à huîtres, traverser les villages de cabanes en bois, observer les bateaux attendre la marée ou partir travailler. Et, si possible, prendre la mer.
C’est depuis l’eau que nous avons le mieux compris le Bassin : ses bancs de sable, ses chenaux, ses parcs ostréicoles et ces bateaux traditionnels qui ne sont pas là seulement pour faire joli sur les cartes postales.
"A quelle heure, la mer est-elle basse ?" cCest la première question matinale au petit déjeuner !
Face à elle, on pourrait croire la dune immuable. Elle ne l’est pas.
La formation de la dune du Pilat raconte environ 4 000 ans d’accumulation de sable, avec une succession de phases climatiques. Des périodes froides, sèches et venteuses ont favorisé le déplacement du sable ; des périodes plus chaudes et humides ont permis à la végétation de se développer. Les couches sombres que l’on distingue parfois dans la dune sont d’anciens sols, ou paléosols, aujourd’hui emprisonnés sous le sable.
Mais c’est depuis le Bassin que je l’ai trouvée la plus impressionnante.
Vue depuis l’eau, elle n’est plus seulement le sommet que l’on gravit. Elle devient une immense frontière de sable entre l’Atlantique, la forêt et l’entrée du Bassin. Face à elle, les bancs de sable apparaissent et disparaissent au gré des marées et selon le coefficient de celle-ci. Ainsi, les bans éphémères sont légion dans le bassin contrastant avec le fameux banc d'Arguin.
Le Bassin d’Arcachon, un territoire qui vit avec la marée
La marée n’est pas seulement un spectacle. Elle organise la vie du Bassin.
À marée basse, l'eau découvre de vastes étendues de sable et de vase. Les bateaux semblent parfois posés sur le sol. Les chenaux se dessinent et les parcs à huîtres apparaissent.
C'est aussi elle qui dicte en partie les horaires de ceux qui travaillent ici.
Les ostréiculteurs rejoignent leurs parcs avec les marées descendantes avant de poursuivre leur travail à terre, dans les ports et les cabanes.
Lors de notre sortie en bateau, nous avons pique-niqué sur un banc de sable éphémère découvert par la marée. Quelques heures plus tard, le paysage aurait déjà été différent.
C'est probablement ce qui m'a le plus frappée : sur le Bassin, le décor n'est jamais tout à fait fixe.

Les huîtres : derrière la dégustation, un vrai travail
Les cabanes et les dégustations font partie de l'image du Bassin. Mais avant d'arriver sur un plateau, une huître demande environ trois années de travail.
Le Bassin d'Arcachon possède une particularité importante : c'est l'un des grands sites européens de captage naturel du naissain. Plus de 300 entreprises ostréicoles y travaillent aujourd'hui.
Tout commence en été. Les larves d'huîtres présentes dans l'eau viennent se fixer sur des collecteurs, traditionnellement les fameuses tuiles chaulées.
Quelques semaines ou quelques mois plus tard vient le détroquage : les jeunes huîtres sont séparées de leur support, triées puis placées dans des poches.
Ces poches sont installées dans les parcs et régulièrement retournées. Ce geste permet notamment aux huîtres de se développer correctement. Il faut surveiller, trier, manipuler, déplacer : l'élevage se poursuit ainsi jusqu'à ce qu'elles atteignent leur taille commerciale, généralement vers trois ans.
Voilà ce que racontent finalement tous ces piquets aperçus depuis le bateau : non pas un simple paysage pittoresque, mais un espace de production et de travail.
parc à huitres au milieu du bassin bateau ostréicole dans le parc à huitres
Les villages ostréicoles du Cap-Ferret
C'est ce Cap-Ferret-là qui m'intéresse davantage.
Pas celui des adresses à la mode et de l'image mondaine que l'on associe souvent à la presqu'île, mais celui des cabanes, des petits passages et du travail ostréicole.
Les premières cabanes de la presqu'île avaient d'ailleurs une fonction très pratique : elles permettaient aux marins de rester sur place lors des grandes marées plutôt que de regagner leur port d'attache du sud du Bassin. Ces constructions en bois se sont ensuite développées avec l'ostréiculture au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.
À L'Herbe, les ruelles étroites passent entre les cabanes et les maisons de bois. On aperçoit parfois le Bassin au bout d'un passage.
C'est un autre visage de la presqu'île, plus directement lié à son histoire maritime.
cabanons de l'Herbe
À L'Herbe, l'étonnante chapelle de la Villa Algérienne
Et puis il y a cet édifice que l'on ne s'attend absolument pas à rencontrer ici.
La chapelle Sainte-Marie-du-Cap, plus connue sous le nom de chapelle de la Villa Algérienne, a été construite en 1885. Son architecture d'inspiration mauresque tranche avec les cabanes de bois du village.
Elle appartenait au vaste domaine créé par Léon Lesca, entrepreneur revenu d'Algérie. La spectaculaire Villa Algérienne qui se trouvait à proximité a été détruite dans les années 1960. La chapelle en constitue aujourd'hui l'unique vestige.
Un détail résume à lui seul la singularité du bâtiment : sur son clocher figurent une croix et un croissant. L'édifice, destiné dès l'origine au culte catholique, est aujourd'hui protégé au titre des monuments historiques.

L’Île aux Oiseaux, au cœur du Bassin
Au milieu du Bassin, impossible de ne pas remarquer l’Île aux Oiseaux.
Sa physionomie change considérablement avec les marées : environ 100 hectares à marée haute, mais plus de 300 hectares à marée basse. On y trouve une cinquantaine de cabanes, ainsi que les deux célèbres cabanes tchanquées, devenues l’un des symboles du Bassin. Le mot tchanqué vient du gascon chanca, qui signifie échasse, donc une cabane sur échasse, construite sur pilotis pour rester au dessus de l'eau à marée haute.
Son nom rappelle aussi sa fonction : située sur une importante voie migratoire, l’île constitue un refuge pour de nombreux oiseaux. Mais elle reste également liée aux activités traditionnelles du Bassin, notamment la pêche et l’ostréiculture.
Nous l’avons découverte depuis le bateau et, joli hasard de notre journée sur l’eau, la régate de pinasses à laquelle nous avons assisté en faisait justement le tour. Une belle manière de voir réunis, en quelques minutes, le paysage et l’histoire maritime du Bassin.
Les cabanes tchanquées sur l'ile aux Oiseaux vol d'oiseaux au dessus de l'ile aux oiseaux
Les pinasses, bien avant les bateaux de plaisance
Ces grandes voiles carrées ne sont pas un décor inventé pour les visiteurs.
Elles renvoient à une histoire très ancienne du Bassin.
La première mention connue du mot « pinasse » remonte à 1553, dans le registre d'un notaire de La Teste-de-Buch. Ces embarcations servaient alors à la pêche et au ramassage des coquillages et des huîtres sauvages, bien avant le développement de l'ostréiculture moderne. En 1727, un inventaire en recensait déjà 204 dans les 14 ports du Bassin.
Leur forme répond directement au territoire : un fond presque plat et un faible tirant d'eau permettent de circuler dans les chenaux peu profonds et de s'échouer sur les plages et les bancs de sable. Elles ont ensuite accompagné la pêche et l'ostréiculture avant de devenir également des bateaux de plaisance. La première pinasse motorisée est apparue en 1903.
Aujourd'hui encore, les régates font vivre cette tradition. Le Parc naturel marin mentionne un championnat organisé de juin à septembre réunissant une vingtaine de bateaux.
Le Bassin, au-delà de la carte postale
Finalement, ces quelques jours m'auront surtout montré que les images les plus connues du Bassin racontent toutes quelque chose de plus profond.
La dune raconte un littoral en mouvement.
Les piquets dans l'eau racontent trois années nécessaires pour élever une huître.
Les cabanes racontent le quotidien des pêcheurs et des ostréiculteurs.
Les pinasses racontent plusieurs siècles de navigation dans des eaux peu profondes.
Et le Cap-Ferret devient beaucoup plus intéressant lorsqu'on quitte son image mondaine pour retrouver les villages, les métiers et l'histoire maritime de la presqu'île. C'est ce Bassin-là que j'avais envie de retenir.
Et vous, vous le connaissez plutôt côté dune, côté villages ostréicoles ou depuis l'eau ?




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